Zoé victime de la Kinésiologie

Signalement sectaire, retrait volontaire du professeur Jacques Grill qui devait bénéficier des dons pour son centre de recherche, flou sur les comptes, nous avons voulu aborder point par point avec son fondateur les zones obscures qui entourent l’association Un espoir pour Zoé. Cela nous a été refusé. Il aurait été pourtant utile de s’expliquer.

 

Aider la recherche. – À l’origine de l’association, il s’agissait d’aider le centre de recherches sur les tumeurs de l’enfant (CRTE), dirigé par le professeur Jacques Grill, de l’institut Gustave-Roussy de Villejuif. Ce dernier nous a confirmé qu’il avait, dès le mois de juin, par le biais de son service juridique, exigé de ne plus figurer sur le blog d’Un espoir pour Zoé. D’abord, il refusait que son nom soit associé à des pratiques crypto-sectaires.

Ensuite, nous l’avons interrogé sur les possibilités de thérapies à l’étranger. L’association, pour justifier son appel aux dons, affirmait qu’il existait des solutions thérapeutiques efficaces ailleurs qu’en France, évoquant la Chine, l’Allemagne, ou Israël. « Cela est malheureusement absolument faux », nous a déclaré Jacques Grill.

« Ça fait trente ans qu’on se casse les dents sur cette tumeur.

Si un traitement existait, les quelques spécialistes de la question seraient au courant », indique-t-il. L’association n’a jamais fourni d’indications sur les centres médicaux, les praticiens, les méthodes de thérapie pratiquées à l’étranger.

Pourquoi solliciter la générosité publique pour des espoirs médicaux qui, selon les spécialistes, n’existent pas ?

Craintes sectaires.- L’association de défense des familles et de l’individu et d’aide aux victimes de mouvements sectaires (ADFI) a fait un signalement au procureur de Dunkerque le 6 août 2009, mettant en garde contre un risque de dérive sectaire : « Franck Bastien, qui se dit naturopathe et kinésiologue, n’a de cesse depuis l’opération de Zoé que de lui proposer des compléments alimentaires ou de l’inviter à suivre des régimes alimentaires stricts.

D’où la crainte que Zoé, déjà souffrante et affaiblie, ne fasse en plus les frais d’une sorte d’acharnement thérapeutique à caractère illusoire ».

Franck Bastien, à l’initiative d’Un espoir pour Zoé, exerce en tant que kinésiologue.

Cette dernière activité est présentée par la Miviludes, organisme interministériel de lutte contre les sectes, comme du charlatanisme, aux conséquences parfois dramatiques. Inquiétante est la démarche de Franck Bastien qui, à travers ses conférences sur la « détoxication », vante les mérites du régime du docteur Seignalet, autrefois membre d’une secte dure – l’instinctothérapie – prétendant guérir cancers, sida, sclérose en plaque, en mangeant cru. Les multiples affaires de pédophilie ont eu raison de la secte. Exprimant des craintes légitimes, l’ADFI a alerté la justice contre le régime – sévère – imposé à la fillette et dont nous nous sommes procuré une copie.

« Zoé a bien supporté son traitement. La supplémentation nutritionnelle (par prescription médicale) associée à une alimentation spécifique y ont contribué », publie Franck Bastien sur le blog. Sauf que les médecins n’ont jamais prescrit de compléments nutritionnels spécifiques ni cautionné de régime spécial.

Fallait-il rassurer sur les traitements parallèles infligés à Zoé ? « Il existe des traitements complémentaires alternatifs qui ont parfois donné des résultats. Des publications scientifiques ont été publiées sur certains traitements complémentaires », poursuit le kinésiologue. Quels traitements ? Quels résultats ?

Quelles publications ? Nous aurions aimé obtenir des éclaircissements, par égard pour les donateurs censés financer – cela figure dans les statuts de l’asso – ces « traitements complémentaires non remboursés » nébuleux.

Enfin, Un espoir pour Zoé avait aussi pour but d’offrir des séjours de remise en forme pour la fillette.

Remise en forme. – Zoé a bien bénéficié d’un séjour, du 17 au 24 mai, à l’hôtel Vincci en Tunisie. Mais la priorité était-elle le bien-être la fillette, ou s’agissait-il pour Franck Bastien de promouvoir son activité controversée ? Le kinésiologue y avait programmé un séminaire, « intoxication par les métaux lourds », dont les « remèdes » seraient les produits Hao Pi, société spécialisée dans la vente de produitsparamédicaux (les fameux traitements non remboursables ?) et autres gris-gris, dont Franck Bastien est le représentant. Ce séjour à visée professionnelle a-t-il été financé par les généreux donateurs pour Zoé, sous prétexte de lui offrir des vacances ? À la décharge du kinésiologue, Zoé est retournée dans cet hôtel quinze jours en août, sans arrière pensée lucrative. Elle était revenue dans le coma. •

ALEXIS CONSTANT

« Les Charlatans de la santé » La kinésiologie

Extrait du livre de Jean-Marie Abgrall « Les Charlatans de la santé« 

La kinésiologie

La kinésiologie est un exemple de déviance des techniques fondées sur la maîtrise du corps. Sous un nom pompeux créant l’amalgame avec la kinésithérapie et la physiologie, la kinésiologie et son aspect  » éducatif « , 1’édukinésiologie, représentent un avatar relativement récent des techniques psychosomatiques proposées comme système thérapeutique et éducatif dansle cadre de la notion générale de développement personnel.

Historique du mouvement

L’histoire du développement de la kinésiologie est un exemple des créations de bric et de broc qui se développent depuis trente ans dans le domaine de la santé. Les auteurs partent d’une intuition, plus ou moins construite autour d’une base physiologique ou fonctionnelle donnée, et au fil du temps y ajoutent des éléments empruntés à d’autres doctrines en essayant d’en faire un conglomérat plus ou moins acceptable pour les futurs patients.
Dans les années 1960, s’inspirant des données chiropractiques sur les équilibres organo-musculaires, le docteur George Goodheart expose les relations entre organes et groupes musculaires. Pour faire bonne mesure, il y ajoute un doigt de médecine énergétique chinoise et décrit les équilibres entre organes, muscles et méridiens.
Dans la mouvance du touching, le docteur John Thie, lui, jette les bases de la kinésiologie appliquée à travers le touch for health. Il expose les interrelations entre les différents systèmes, l’équilibre d’un système conditionnant l’intégrité d’un autre (par exemple, la vue ne peut être parfaite si l’ouïe est déficiente). Il définit ainsi quatorze muscles principaux et vingt-huit muscles additionnels et établit une méthode de connexion fondée sur l’utilisation de points neurovasculaires, de points neurolymphatiques, et sur le balayage des méridiens.
À son tour, le docteur Denisson crée la kinésiologie éducative, ou édukinésiologie, en développant les notions de cerveau droit et cerveau gauche – qui, si elles n’ont pas de réalité anatomo-physiologique réelle, font partie de l’arsenal théorique de la médecine new-age. S’il est vrai que, chez tout individu droitier, l’hémisphère
gauche est dominant et est utilisé principalement pour le langage écrit et parlé, on sait aussi que, chez un traumatisé crânien qui a perdu une partie de l’hémisphère gauche, une rééducation est possible, qui permet de  » réactiver  » les structures identiques de l’hémisphère droit non lésé. À l’inverse, aucune expérience clinique n’a permis de démontrer que le cerveau gauche est celui de la raison et le cerveau droit celui des affects, comme bon nombre de techniques à la mode le suggèrent – pas plus qu’il n’y a un cerveau du conscient et un cerveau de l’inconscient ou du subconscient 7.
Reprenant les éléments énergétiques de Goodheart, le docteur Jimmy Scott développe la théorie selon laquelle des blocages d’énergie anciens ou récents, physiques ou psychiques, influencent nos relations avec l’environnement et prédéterminent les pathologies présentées. Ainsi, pour ce nutritionniste, l’existence d’une allergie est due à un blocage énergétique du sujet confronté à une énergie parasite ne vibrant pas en harmonie avec son énergie primordiale, ou mettant en résonance la zone énergétique bloquée (!). Whiteside, Callaway et Stokes élaborent à sa suite le concept one brain/one health ( » un cerveau / une santé « ) et orientent leurs travaux sur les causes émotionnelles des troubles psychiques et physiques, qui pourront être corrigés par le désamorçage de ces causes dans le passé et la libération du système de croyances conditionnées. Ils définissent ainsi la  » kinésiologie harmonique  » (threein-one concept), ou cerveau intégré.
La kinésiologie comportementale du docteur Diamond va intégrer l’influence de l’environnement sur l’individu (agressologie), celle de ses modes de vie (éthologie et ethnologie), celle de la nutrition (diététique) mais aussi celle des pensées positives et négatives sur le niveau énergétique de l’individu. La Santé intégrale (Professional Kinesiology Practice) est développée par le docteur Bruce Dewe et son épouse Joan en NouvelleZélande, et élargit l’utilisation de l’équilibrage énergé
tique. Le docteur Alain Beardall introduit la notion de déterminateur digital, et enfin le docteur Verity (le bien nommé) crée la série blase print ( » empreinte bleue « ), destinée à éliminer le moi négatif et à trouver l’origine de nos peurs – le moi négatif étant responsable de nos maladies et douleurs, de nos codépendances et des divers héritages qui sont à la base de nos comportements répétitifs.

Principes de la kinésiologie

La kinésiologie, par des tests musculaires simples et précis, interroge le corps et recherche la nature, le lieu, l’intensité, l’histoire, l’origine des blocages afin de pouvoir, par des exercices appropriés, y porter remède.

Selon ses défenseurs, le but de la kinésiologie éducative est d’aider l’intégration des hémisphères droit et gauche du cerveau pour certaines activités telles que parler, lire, écrire, se mouvoir, voir, entendre, se souvenir.

 » On remarque le plus souvent que notre  » ordinateur biologique « , notre cerveau, est mal programmé chez la plupart d’entre nous. Par des tests musculaires simples nous pouvons comprendre comment est organisée la personne testée, quelle est sa dominante, comment est organisée la communication entre cerveau-oeil, cerveau-oreille, cerveau-main, etc.

Nous pouvons mieux comprendre quels en sont les freins, ou blocages, et comment nous pouvons v apporter remède. Ce sont ces blocages qui sont, le plus souvent, à l’origine des difficultés rencontrées dans les différentes étapes de l’apprentissage, quel que soit notre âge. Ce sont eux aussi qui favorisent en partie l’installation du stress, des difficultés de concentration, de communication, ou même créent des tensions musculaires gênant la posture.

 On a pu constater que le corps porte en lui les solutions permettant de faire disparaître ces blocages ; pardes tests appropriés la KINÉSIOLOGIE peut interroger le corps, et donc comprendre et lire les réponses que le corps est en mesure d’apporter lui-même aux problèmes rencontrés. Par des exercices simples on peut alors l’aider à s’auto-corriger. Lorsqu’on donne au corps les moyens nécessaires pour faire disparaître ces blocages, on constate très rapidement une nette amélioration pour tout ce qui concerne les activités les plus simples telles que lire, écrire, voir, entendre, se souvenir

Une des récentes  » découvertes  » de la kinésiologie est que la mémoire ne se cantonne pas uniquement dans le cerveau mais se situe aussi, plus ou moins, dans chaque cellule de notre corps et plus particulièrement dans les muscles, les chaînes musculaires ou les fascias, selon des schémas psychologiques précis et inconscients. Ainsi, pour les kinésiologues, en interrogeant les muscles par des tests appropriés il serait possible d’accéder à cette mémoire et aux blocages qu’elle engendre.

Nous reprenons les éléments d’un document diffusé par l’édukinésiologie.

Les deux hémisphères cérébraux sont reliés entre eux par une sorte de pont nommé le  » corps calleux « , qui, par un faisceau complexe de fibres nerveuses, permet la communication et la coordination entre ces deux parties du cerveau.

Si, pour une raison quelconque, cette liaison ne fonctionne pas de façon correcte, ou si elle est interrompue, on voit apparaître chez la personne des troubles très importants et en tout cas très handicapants.

Chacun des hémisphères a une fonction bien précise.

Le cerveau droit est celui des  » réflexes « , il perçoit la globalité dans une situation donnée. Il permet de reconnaître une mélodie à partir de deux notes ou de reconnaître des visages dans la foule. Il est le pilote de la partie gauche du corps. Le cerveau gauche est  » analytique « , il décompose l’information en unités minimales et la traite de façon séquentielle. Il est le siège de la parole et de la logique. Il pilote la partie droite du corps, ce qui en a fait le chouchou de nos systèmes éducatifs, car il est l’hémisphère de la logique, que notre vieille culture cartésienne cultive avec dévotion.

Il n’y a pas de priorité d’un hémisphère sur l’autre mais, bien au contraire, complémentarité, et c’est juste ment le manque de liaison rapide entre les deux qui est à l’origine des blocages dans les phases d’apprentissage, d’expression, de communication. Si l’on parle de dominance, en kinésiologie éducative, c’est plutôt pour rechercher lequel des deux hémisphères est plus facilement utilisé par la personne, dans une situation donnée, et pourquoi elle a du mal à intégrer et à utiliser la totalité des possibilités dont elle peut disposer ‘.

Partant d’un exposé anatomo-physiologique correct sur l’existence des hémisphères cérébraux, on passe à une interprétation aberrante du rôle respectif des deux « cerveaux « .

N’importe quel étudiant de niveau secondaire apprend que les réflexes ont pour siège la moelle épinière et non le cerveau.

Toute la suite du raisonnement est ainsi détournée du réel et réinterprétée en vue de la pratique kinésiologique.

 

Techniques de la kinésiologie

Partant d’un test musculaire censé déterminer où, quand et comment la coordination interhémisphérique cérébrale est présente, le kinésiologue établit un bilan de ce qu’il pense être une dysharmonie cérébrale, et par des exercices musculaires et gymnastiques entreprend de rééduquer le cerveau à travers ses connexions musculaires.

On peut accorder à cette technique le mérite de pratiquer une discipline qui a emprunté à l’orthophonie, à la kinésithérapie et à la rééducation fonctionnelle, mais on soulignera certaines incohérences théoriques, en particulier sur le rôle du cerveau, et le côté racoleur de cette technique, qui selon un document diffusé par ses adeptes est censée s’adresser à tous ceux qui veulent éliminer des problèmes…

  • Physiques : douleurs de dos, problèmes articulaires, migraines, eczéma, colite,impuissance, stérilité, problèmes ORL, etc

  • émotionnels : anxiété, angoisse, manque de confiance, bégaiement, dyslexie, etc. ;

  • mentaux : peurs, doutes, dépressions, troubles du comportement, etc. ;

  • énergétiques : fatigue, troubles du sommeil, baisse de l’immunité, etc. ;

  • nutritionnels : obésité, anorexie, diabète, etc. ;

  • autres : tabac, drogue, alcool, problèmes relationnels, problèmes scolaires (mémoire, concentration, élocution, coordination), problèmes d’apprentissage, etc 10

Les résultats positifs obtenus lors de séances de brain gym ( » gymnastique cérébrale « ) avec de jeunes enfants sont dus uniquement à une prise en charge plus complète d’enfants  » à problèmes  » sur lesquels les éducateurs focalisent davantage leur attention.

Mais les interrogations surgissent lorsque, dans le cadre d’une formation proposée, on voit apparaître des notions qui renvoient à un ésotérisme classique dans les patamédecines : la loi des cinq éléments, la loi des sept dimensions, les sept tests baromètres, les quatre stades de l’évolution et les douze formes de renversement énergétique.

Il semble bien que l’édukinésiologie utilise, comme nombre de groupes, le cheval de Troie de l’éducation pour diffuser un message qui relève du fantasme de ses créateurs plus qu’il ne vise au bien-être des pratiquants.

 

Victime d’un charlatan : vos droits

 

Souvent les victimes de charlatans hésitent à porter plainte, souvent par honte. Pourtant, elles ont des droits.

 

Le cadre juridique diffère selon que le charlatan est un médecin ou non.

S’il s’agit d’un médecin utilisant des méthodes non reconnues par la science, celui-ci peut être sanctionné pour charlatanisme, et la victime doit se tourner vers le Conseil de l’Ordre des Médecins.

S’il ne s’agit pas d’un médecin, celui-ci peut être condamné pour exercice illégal de la médecine ou exercice illégal de la pharmacie, qui relèvent du droit pénal.

La victime désirant aller en justice doit d’abord constituer un dossier réunissant un maximum d’éléments tels que des ordonnances, ou encore des préparations qui auraient pu lui être prescrites.

Le délai de prescription pour ce genre d’affaires est de trois ans, ce qui peut parfois bloquer certaines actions en justice. Mais même dans ce cas, il est important que les victimes témoignent de leur histoire auprès des associations compétentes dans un but de prévention.

En savoir plus

Conseil National de l’Ordre des Médecins
180 bd Haussmann – 75008 Paris. Tél. : 01 53 89 32 00.
www.conseil-national.medecin.fr

L’Unadfi, Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes, compte 29 associations en régions.
130 rue de Clignancourt – 75018 Paris. Tél. : 01 44 92 35 92.
www.unadfi.org

Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, coordonne l’action des pouvoirs publics face aux dérives sectaires.
66 rue de Bellechasse – 75007 Paris.

www.miviludes.gouv.fr

A lire :
Un polar sur le thème des charlatans : Diagnostic fatal, par Claude Broussouloux, coédité par la Mutualité Française et les éditions Pascal, 2009